Santé mentale et toxicomanie : une lumière au bout du tunnel

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Didier Jutras-Aswad

Ayant connu des personnes aux prises avec des troubles de santé mentale, le Dr Didier Jutras-Aswad a décidé de consacrer sa vie professionnelle à la recherche dans ce domaine. Lors de sa formation postdoctorale au CHUM, il est exposé à une clientèle urbaine parfois aux prises avec une toxicomanie, en plus d’un trouble de santé mentale, ce qui a allumé une étincelle en lui. Son souhait : éviter que de tels cas tombent entre deux chaises.

Il a donc effectué un fellowship au Mount Sinai School of Medicine de New York avec Yasmin Hurd, dont les recherches se penchent sur la psychotoxicomanie, soit les particularités neurobiologiques sous-tendant les troubles de dépendance et les maladies psychiatriques connexes. 

 Il y a beaucoup de rattrapage à faire pour soutenir les personnes aux prises avec la toxicomanie, car le réseau de la santé n’a pas été pensé en fonction de cette réalité et on trouve plusieurs troubles pour lesquels il n’y a pas de traitement — Dr Didier Jutras-Aswad 

Aujourd’hui chef du Département de psychiatrie et médecin psychiatre au Service de psychiatrie des toxicomanies au CHUM, il s’implique à fond avec son équipe de recherche pour bonifier l’offre de traitements accessibles aux gens présentant un trouble de santé mentale en plus d’une toxicomanie. Il vise également à sensibiliser la population à une consommation de cannabis réfléchie.

Vers une meilleure prise en charge

À l’été 2022, son groupe de recherche obtenait une aide financière de près de 5 M$ sur quatre ans des Instituts de recherche en santé du Canada pour réaliser des essais cliniques portant sur la prise en charge du trouble lié à l’utilisation de la méthamphétamine. 

 La méthamphétamine est une substance très addictive, qui est associée à de nombreux problèmes de santé mentale, et ses effets sont dévastateurs pour la personne et son entourage, indique le Dr Jutras-Aswad. 

Cette étude pancanadienne réalisée auprès de plus de 400 personnes évaluera l’ajout d’un stimulant à haute dose et l’approche par contingence, seul et en combinaison, aux interventions psychosociales habituellement proposées pour le trouble lié à l’usage de méthamphétamine. 

Le Dr Jutras-Aswad et son équipe s’intéressent également au cannabis, en l’étudiant sur deux plans. D’une part, ils développent une application mobile qui permet d’effectuer des interventions pour lutter contre la dépendance au cannabis. 

D’autre part, ils se penchent sur les impacts psychologiques et biologiques du cannabis chez l’humain, en laboratoire, en effectuant par exemple des tests cognitifs standardisés et des prises de sang sur des personnes ayant consommé sous supervision. Les données récoltées aideront les autorités de santé publique dans leur prise de décision et l’élaboration de politiques. 
 

Plus de flexibilité dans les soins

L’été 2022 fut très prolifique pour le Dr Jutras-Aswad et son équipe, puisqu’ils dévoilaient également les premiers résultats d’OPTIMA, une étude pancanadienne comparant l’efficacité de deux modèles de soins pour traiter la dépendance aux opioïdes, qui mène souvent à des intoxications, voire à des décès. 

La cohorte de 270 volontaires répartis dans sept hôpitaux canadiens a été divisée en deux groupes suivis sur 24 semaines : le premier recevait de la méthadone, dont la prise est supervisée en pharmacie, et le deuxième prenait de la Suboxone, un médicament que l’étude permettait de prendre à domicile dès les premières semaines de traitement.

 Nous avons démontré que l’approche plus flexible avec la Suboxone est aussi efficace et demande moins de ressources. Elle semble sécuritaire et utile. Cela permet d’offrir une autre option aux personnes qui vivent un trouble de l’usage des opioïdes, se réjouit le Dr Jutras-Aswad. 

Ce portrait est tiré de notre rapport d'activités 2022-2023

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